INTERVIEW DE JONAS BAHAMBOULA MBEMBA « TOSTAO »

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« J’ai été décoré à trois reprises : chevalier en 1972 après la CAN, officier en 1988 lors de mon jubilé et commandeur en 2018 à l’occasion du 60e anniversaire de la proclamation de la République du Congo » dixit Bahamboula Mbemba « Tostao ».

Né le 2 février 1949 à Brazzaville, Jonas Bahamboula Mbemba  alias « Tostao » est l’une des perles rares du football national. Ce joueur au talent inégalable et doté d’un réel sens du fair-play, a marqué toute une histoire et demeure l’un des meilleurs joueurs congolais de tous les temps. A l’occasion du 6àe anniversaire de la proclamation de la république,  Le président de la République, Denis Sassou N’Guesso, a décoré un échantillon de neuf Congolais. Parmi eux figure Jonas  Bahamboula Mbemba dit Tostao, qui a été fait commandeur dans l’ordre du mérite sportif. Le Groupe Congo Médias s’est rendu au domicile de l’heureux récipiendaire pour une interview exclusive au cours de laquelle, Tostao revient sur sa belle et riche carrière chez les Diables Noirs et chez les Diables Rouges.

Parlez-nous de vos débuts au football ?

Jonas Bahamboula Mbemba Tostao commence à jouer au football dès son jeune âge à l’école primaire et dans les rues de Brazzaville, comme gardien de but puis comme ailier droit. Dans mon quartier d’enfance de Poto-Poto, alors que je n’avais que 12 ans, je suis devenu vite fanatique de l’équipe de Patronage dont le seul rêve était de l’intégrer un jour. J’ai d’ailleurs pris rapidement le surnom de « petit Moulélé », mon mentor. Malheureusement, le divorce de mes parents va compromettre mes ambitions sportives, car je vais rejoindre avec ma mère, le village de Matoumbou dans la région du Pool, et un peu plus tard celui de Jacob, actuellement appelé Nkayi.

A quel moment avez-vous cru en une carrière de footballeur ?

C’était en 1964 à Mindouli, dans mon village paternel. J’ai prend la carrure d’une grande star et profité de la flamme qui brûlait en moi en éblouissant de ma gestuelle footballistique inédite, les habitants de cette contrée. En 1967 à Kinkala, s’instaure la semaine culturelle au cours de laquelle chaque région doit présenter une sélection. Ainsi, avec la sélection du Pool, je saisis ma chance et fait une belle prestation qui me permet de me faire connaître du grand public. Dès lors, j’ai attiré l’attention des grands clubs de la ville capitale.

Comment êtes-vous arrivée chez les Diables Noirs

Comme je vous l’ai dit tantôt, mon rêve était de jouer pour Patronage Sainte-Anne. Parmi les équipes qui ont frappé à ma porte, on peut citer Patronage, CARA et Diables Noirs. Malheureusement, Patronage n’est plus revenu alors que tout était ficelé. C’est finalement les Diablotins qui ont su tiré l’épingle de jeu, avec l’appui de mon oncle.

En 1968, alors que je n’ai que 19 ans, j’intègre l’équipe des Diables noirs, une équipe truffée de joueurs talentueux, comme Maxime Matsima, Bikouri « Bistouri », Germain Ndzabana « Jadot », Paul Tandou, Lasconi, Déker et bien d’autres. Et là, c’est une nouvelle histoire qui commence. J’ai été bien accueilli par Jadot qui était pour moi un grand frère. C’est lui qui me rassurait, m’encourageait et même me consolait quand les circonstances l’exigeaient. Très vite, je me suis imposé chez les « noir et jaune » gagnant du coup ma place de titulaire dès le premier match face à Dragon de Kinshasa.

 Grace à votre talent, le public sportif congolais en général et les supporters des Diables noirs en particulier vous ont affabulé de surnoms. Peut-on  savoir lesquels ?

Tout à fait, les surnoms ou pseudonymes se sont succédés : de « petit Moulélé » à « moustique »« Tostao » et « Ya Tao ». L’équipe des Diables noirs a été d’ailleurs mon club à vie, Je suis  devient champion du Congo en 1976 et remporte la première Coupe de la ville la même année.

On dit de vous qu’un jour vous avez fait lever le Président Marien Ngouabi, de son siège, au stade de la Révolution. C’était à quelle occasion et comment l’avez-vous vécu ?

C’était lors des premiers jeux d’Afrique centrale en 1973. Le match opposait le Congo au Cameroun au stade de la révolution. Le président Marien Ngouabi est arrivé au stade par hélicoptère. Une défaite éliminait le Congo. A trois minutes de la fin du match, le Congo était mené 0 – 1. Il fallait absolument égaliser pour sauver la nation. C’est en ce  moment que je descends pour récupérer une balle en défense en jouant au « une-deux » avec Déngaki. Après avoir pris de vitesse la défense adverse, j’ai fait semblant de faire la passe à Mbono. Et là je place la balle dans un angle fermé. Les dribles et ce but d’anthologie ont fait levé le président Marien Ngouabi. Deux jours après j’étais son invité personnel à table, chez lui à la présidence. Quel honneur ! Puisque je travaillais à l’hôpital Général (aujourd’hui CHU), j’ai même bénéficié d’une promotion exceptionnelle (avancement et reclassement avec effet financier) sur instruction du Président Ngouabi. C’est ce qui justifie ma pension de retraite assez conséquente par rapport aux autres anciens collègues.

En quelle année avez-vous intégré l’équipe nationale et combien de trophées vous y avez remporté ?

Avec l’équipe nationale que j’ai rejoint en 1970, J’ai été champion d’Afrique des Nations en 1972 à Yaoundé, meilleur ailier droit d’Afrique en 1972 et meilleur joueur d’Afrique centrale en 1973. J’ai  participé avec la sélection africaine en 1973, au Mondialito (mini-mondial) au Mexique. J’ai aussi participé à deux (2) autres  CAN, 1974 en Égypte et en 1978 au Ghana.

Mon plus grand souvenir demeure la CAN 1972. J’ai participé d’abord à la préparation, ensuite aux éliminatoires et enfin à la phase finale au Cameroun. A l’époque, le Congo disposait d’une équipe type, très outillé et dynamique, avec comme gardien Maxime Matsima. La défense était constituée de Gabriel Déngaki, Alphonse Niangou, Joseph Ngassaki « Zeus » et Jacques Yvon Ndolou. Le milieu était composé de Noel Minga, Jean Bertrand Balékita et François Mpélé. En attaque, il y avait Mbemba « Tostao » et Joseph Matongo comme ailiers et en pointe de l’attaque Jean Michel Mbono ou Paul « Sayal » Moukila.

 Il y’a trente (30) ans, en 1988, vous avez organisé votre jubilé avec Paul « Sayal » Moukila. Quels souvenirs gardez-vous de ce grand Monsieur, ballon d’or africain en 1974 ?

J’ai connu « Sayal » au Mwana foot à Jacob (aujourd’hui N’kayi) dans les années 66-68 lorsque nous disputions des compétitions interdépartementales. Il était à Dolisie et jouait dans l’équipe de Carpillon. Très jeune, il jouait déjà avec les grands. On le surnommait « Piantos ». Quelques temps après nous nous sommes retrouvés en équipe nationale. Lors des voyages à l’étranger nous partagions souvent la même chambre. Ce fut un grand buteur à AS Bantou, Inter Club et CARA. Vous faites bien de souligner le fait qu’il a reçu le trophée de Ballon d’Or africain en 1974. Double champion d’Afrique avec les Diables Rouges (1972) et CARA (1974). Pour moi c’était un frère. Avec lui, Ndomba « le Géomètre » et moi, nous formions un trio des inséparables hors du terrain. Cette solidarité nous a conduits à organiser ensemble notre jubilé en 1988.

 Depuis lors vous vous êtes reconverti en encadreur et dirigeant. Avec quels résultats ?

Effectivement, après avoir divorcé avec le football en tant que joueur. J’ai réuni les jeunes de mon quartier Moukondzi-Ngouaka pour créer un club dénommé Espoir du Congo. Nous avions remporté un tournoi Coca-Cola des jeunes. Après avoir pris gout, j’ai inscrit l’équipe en deuxième division.  Malheureusement l’accession en première division ligue nationale a été pour nous une épreuve puisque les Diablotins n’ont pas apprécié le fait que cette équipe fasse de l’ombre à Diables Noirs lors du championnat.  J’ai subi tellement de pressions que j’ai du arrêter, l’équipe étant complètement dépouillé de six (6) de ses meilleurs joueurs.  On me reprochait d’avoir créé un club qui devrait détruire. Par la suite j’ai créé une académie, il y a cinq (5) ans. Je me débrouille pratiquement seul sans soutient en dehors de mon fils (footballeur) qui est en France et qui de temps à autre me vient en aide sur le plan matériel.

« On ne peut pas construire une maison sans fondation », cette maxime est fondée. Ce que je fais avec l’académie est un travail de fonds qui mérite d’être soutenu. Il y’a des tout petit que j’ai formé qui jouent aujourd’hui dans les clubs de première ou de deuxième division. Il y en a d’autres très talentueux qui demandent juste une prise en charge et un meilleur suivi. Que tous ceux qui pensent à l’avenir du football se rapprochent de Tostao pour le soutenir dans cette noble aventure d’encadrement de la pépinière du football congolais. Aujourd’hui j’ai fait de l’encadrement des jeunes une priorité afin de relever à long terme le niveau du football congolais.

 Le 28 novembre dernier, vous avez été fait commandeur dans l’ordre du mérite sportif. Quelles sont vos impressions ?

Franchement, je ne m’y attendais pas. A l’annonce de cette nouvelle, j’ai fait de l’insomnie la veille de la cérémonie. C’est un sentiment de joie et de satisfaction. C’est le couronnement d’une vie centrée entièrement sur le football. J’ai été décoré à trois reprises : chevalier en 1972 après la CAN, officier en 1988 lors de mon jubilé et commandeur en 2018 à l’occasion du 60e anniversaire de la proclamation de la République du Congo. Je remercie très sincèrement le Président Denis Sassou-Nguesso pour cette marque de reconnaissance. Je souhaite que dans l’avenir d’autres grands noms du football congolais qui sont encore en vie soient reconnus à leur juste valeur au lieu de le faire à titre posthume.

Jonas BAHAMBOULA MBEMBA « TOSTAO » en compagnie du journaliste-Reporter Aubin Benjamin KAYA lors de l’interview le samedi 1er décembre 2018.(Crédit Photo Groupe Congo Médias)

 Votre dernier mot. A qui et pourquoi ?

Je voudrai particulièrement m’adresser aux jeunes  qui ont le privilège de porter, d’aujourd’hui, le maillot de l’équipe nationale. Si aujourd’hui Tostao est dans les mémoires des congolais depuis des générations, c’est en partie par rapport au comportement extra sportif : l’humilité, la modestie, le respect et la recherche constante de la bénédiction des ainés. En ce qui me concerne je suis le papa ou le Pépé de certains d’entre eux. Il m’arrive de les assisté et de les soutenir lors des matchs à domicile. Mais ils ont du mal à vous approcher même pour une simple salutation. Ils sont incapable de vous donner ne fut ce que  leurs maillots.  Je leur lance cet appel : »venez vers nous, vos ainés encore en vie pour prendre la bénédiction. Vous en avez  besoin». Je ne terminerai pas cet entretien sans pour autant remercier le Président Sassou-Nguesso, tous les ministres des sports et les présidents de la FECOFOOT encore en vie que j’ai connu. Le 2 février 2019, je vais souffler sur mes 70 bougies. Aidez-moi à organiser cet anniversaire pour couronner ma belle et riche carrière. Merci au lecteur du site Groupe Congo Médias pour cette marque d’attention.

Propos recueillis par Aubin Benjamin KAYA




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