GESTION DURABLE DE LA FAUNE SAUVAGE : HUBERT BOULET PRÉSENTE LE PROGRAMME EN REPUBLIQUE DU CONGO

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Suite au lancement le 26 mars dernier à Brazzaville du Programme de Gestion de la Faune Sauvage pour le Congo – en Anglais Sustainable Wildlife Management (SWM)-  et à l’approche de la Journée internationale de la Terre nourricière qui sera célébrée le 22 avril prochain, Hubert Boulet, Coordonnateur du Programme SWM pour la FAO, a accepté de nous accorder cette interview pour nous présenterce nouveau projetqui ambitionne de concilier sécurité alimentaire et nutritionnelle, et conservation de la biodiversité.

Groupe Congo Medias  : Bonjour Monsieur BOULET. Quel est l’objectif de la Journée Internationale de la Terre Nourricière et comment le programme SWM y contribue –t-il ?

Hubert BOULET : Bonjour, et merci pour l’occasion que vous m’offrez de m’exprimer sur ce sujet. Je tiens d’emblée à rappeler que la journée internationale de la Terre Nourricière a été instituée par les Nations Unies pour inviter tous les citoyens à reconsidérer les bases éthiques de leur relation avec la nature et la faune sauvage, en particulier dans le contexte du développement durable. Le Programme SWM s’inscrit parfaitement dans cette optique, puisqu’il contribuera de façon significative à la préservation de l’environnement mondial, en luttant contre l’épuisement des ressources fauniques dans plusieurs pays, dont le Congo. En effet, la raison d’être du Programme SWM est d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des communautés qui dépendent de la viande de brousse pour subvenir à leurs besoins alimentaires et financiers.  L’augmentation de la demande mondiale en viande de brousse, exacerbée par la croissance démographique, amène en effet à une chasse excessive de la faune sauvage.  Par conséquent, le bien-être, la santé voire la survie des populations qui dépendent de la viande brousse sont menacés si des solutions adaptées aux différents contextes rencontrés de par le monde ne sont pas développées urgemment.

GCM : Pourquoi la République du Congo, et plus particulièrement, le bassin d’approvisionnement de  Ouesso, a-t-il été sélectionné pour faire partie des douze sites pilotes du programme?

H.B :  La problématique de la viande de brousse est très préoccupante dans le Bassin du Congo. Il a été estimé que dans cette région, plus de 5 millions de tonnes de gibier sont chassées et consommées annuellement. La chasse illégale des espèces protégées et la surexploitation de la faune mettent en péril non seulement la biodiversité, mais à terme également les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations rurales souvent pauvres et donc vulnérables.  Ceci est particulièrement vrai dans le Nord Congo, où les populations locales, incluant les populations autochtones, dépendent encore fortement des ressources naturelles issues de la chasse et de la pêche pour leur alimentation, leurs revenus et également pour leur identité culturelle.

Ces populations sont aujourd’hui affaiblies par la diminution des ressources fauniques sauvages, qui résulte de la forte pression exercée sur la faune par différents pôles urbains de consommation de la viande de brousse comme Ouesso et les larges camps forestiers environnant, difficilement approvisionnés en sources de protéines animales d’origine domestique. Sans oublier les grandes villes plus éloignées telles que Brazzaville, Yaoundé (NDLR : Ville capitale du Cameroun) et Bangui (NDLR : Ville capitale de la  République Centrafricaine), où la viande de brousse est davantage consommée pour des occasions spéciales.  Alors, dans ce contexte, il est impératif de mettre en place des systèmes de gestion durable de la chasse et de la pêche en utilisant une approche intégrée pour englober les enjeux à la fois écologiques, économiques et socio-culturels associés à la problématique locale de la viande de brousse. C’est ce que nous nous proposons de faire dans le cadre du projet SWM.

GCM : Quelles seront les activités mises en œuvre et de quelle façon les communautés y seront-elles intégrées ?

HB : Dans le Nord Congo, les terroirs villageois se superposent tous avec des concessions forestières. Le projet SWM vise donc de tester une approche de gestion communautaire durable de la chasse et de la pêche au sein des concessions forestières. Pour cela, le projet au Congo travaillera à trois échelles.

  • Tout d’abord, dans les villages traditionnels, nous souhaitons accroître l’autorité et les capacités des populations natives à gérer la faune sauvage. De ce fait, elles seront plus aptes à coordonner leurs droits d’accès avec ceux des populations non natives de la zone et des camps forestiers.
  • Au niveau des villes secondaires et dans les camps forestiers, nous proposons d’accroître l’offre en protéines alternatives par l’appui au développement de entrepreneuriat dans le secteur de l’élevage.
  • Finalement, dans les villes congolaises influençant significativement la demande de viande de brousse, le Programme SWM organisera des campagnes de sensibilisation ayant pour but de réduire la consommation de viande de brousse et de promouvoir la consommation de produits carnés durables.

Cette approche ambitieuse nécessitera de travailler en partenariat avec des nombreux acteurs, les communautés bien sûr mais aussi les concessionnaires, les acteurs de la filière de la viande de brousse et les autorités déconcentrées et décentralisées dans de multiples secteurs. Je tiens à souligner qu’une approche basée sur les droits des communautés sera au cœur de toutes les activités menées. Les droits, les intérêts et le consentement préalable des populations locales sont essentiels pour garantir des résultats durables. Le projet appuiera ainsi l’ensemble des acteurs impliqués pour faire en sorte que les droits des communautés et leurs capacités à les exercer soient renforcés. De nombreux défis devront être relevés pour cela, notamment des défis juridiques.

GCM : Qui est derrière le Programme SWM ?

H.B : Le Programme SWM, financé par l’Union européenne, à travers le 11èmeFonds Européen de Développement (FED), est une initiative d’envergure internationale, mise en œuvre dans douze (12)pays pilotes du Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).  Pour le développer et le mettre en œuvre, nous avons réuni une solide combinaison d’expériences dans les domaines de la conservation de la faune, de l’élevage et du développement rural. Ces expertises multidisciplinaires complémentaires se retrouvent dans un consortium de partenaires passionnés, composé de la FAO, du Centre de Coopération International en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD), du Centre de recherche forestière internationale (CIFOR) et de la Wild life Conservation Society (WCS).

Au Congo,le projet a été développé en collaboration étroite avec le Ministère de l’Economie Forestière et l’Agence Congolaise de la Faune et des Aires Protégées (ACFAP) pendant plus d’un an. Le 26 mars dernier, a eu lieu la signature de l’accord de projet entre Mme Rosalie MATONDO,  Ministre de l’Économie Forestière et Mme Suze Percy FILIPPINI, Représentante de la FAO en République du Congo pour marquer le démarrage effectif de la phase de mise en œuvre. Le projet est financé à la hauteur de 4,3 millions d’USD, soit près de 2,5 milliards de Francs CFA, pour une durée totale de 5 ans. Si la FAO assure la maitrise d’ouvrage du programme, la mise en œuvre du projet au Congo sera menée par WCS, en étroite collaboration avec les institutions nationales et avec l’appui technique des autres organisations membres du consortium.

Photo : Hubert BOULET répondant à nos  questions (Crédit FAO Congo/ Reine MBEMBA)

Propos recueillis par Jean Eudes GANGA MICKEMBY




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