CONGO : L’EMBARCADERE DES ESCLAVES DE LOANGO, UNE DESTINATION POUR LE TOURISME DE MEMOIRE

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La ministre du tourisme et de l’environnement Arlette SOUDAN NONAULT a foulé le sol chargé d’histoire de la baie de Loango, rendu tristement célèbre par l’embarcadère des esclaves, le vendredi 28 septembre 2018. Des instants d’émotion pour la ministre qu’accompagnait Paul Adam DIBOUILOU, Préfet du Département du Kouilou et les Directeurs départementaux du Kouilou. Une émotion surtout suscité par les claires explications du très lucide et bon locuteur Fréderic PAMBOU, expert en patrimoine culturel africain, sur les péripéties de la sélection et de la préparation des esclaves avant leur départ a travers la piste de non retour encore visible en ces lieux.

Officiellement, la ministre est arrivée sur le site pour visiter la stèle réhabilitée avec l’appui de la société Total. Ce point d’embarquement des esclaves, vu son caractère historique et culturel ,    revêt une importance capitale pour le ministère du tourisme qui entent ainsi développer le tourisme de mémoire. A terme, il est question de d’inciter les Congolais ainsi que les visiteurs à l’appropriation  de l’histoire et la connaissance des symboles et lieux de mémoire du pays. Une politique qui se trouve être en harmonie avec le Plan Directeur du Développement Durable du tourisme au Congo.

Le monument construit grâce au groupe Total est un obélisque de quelques six mètres de hauteurs environ, ponctué au sommet par un petit mat devant recevoir le drapeau. A quelques mètres de la nouvelle stèle, l’ancienne, l’authentique, en lambeaux, dont les restes des briques en argile qui gisent au sol et le socle ont été protégés par un grillage métallique. Le site qui offre une magnifique vue sur la baie de Loango, n’a rien de particulier à première vue. Mais lorsqu’on y entre, on est forcément attiré par une plaque de couleur blanche qui renseigne sur la triste histoire de Loango. On peut y lire par exemple que le Roi Mambona céda en 1650 aux pressions hollandaises et portugaises en autorisant la traite, après avoir longtemps résisté. On y lit aussi qu’ « au cours du 15e siècle la richesse du royaume Loango était en partie fondée sur le commerce des esclaves », que « Parmi les lieux de traite fréquentés par les navires nantais ( NDRL : Nantais vient de Nantes, une ville française ) de 1738 à 1745 , Loango vient en deuxième position avec 22 navires , Gorée             ( NDLR : un point d’embarquement d’esclaves situé au Sénégal) n’a que 5 navires. Mais on voit aussi sur cette plaque une gravure qui fait froid dans le dos, montrant une colonne d’esclaves enchainés, bien surveillées par d’impitoyables négriers, armes et chicottes en mains.

…puis un moment de profonde émotion

Alors que les lieux sont arrosés par quelques gouttes d’une très fine pluie Fréderic PAMBOU, expert en patrimoine culturel africain, après avoir respecté le rite consistant a verser un peu de vin aux mânes , captent bientôt l’attention de tout le monde en expliquant les scenarios qu’il se déroulaient en ces lieux pendant la traite. Quelque part sur le site se dressent trois arbres, des manguiers. Des arbres séculaires qui   servaient en fait de comptoir. C’est sous elles que se faisait le tri des esclaves à embarquer. Les esclaves sélectionnés devaient par la suite tourner plusieurs fois autours d’un autre arbre, un rite qui avait pour objectif de déposséder ces derniers de leur âme culturelle. Après cette étape, les voila partis sur la piste de non retour encore visible à ce jour et qui conduisait jusqu’à la mer , où les esclaves étaient embarqués dans des pirogues jusqu’au large ou attendaient les caravelles, ces bateaux qui ne pouvaient pas accoster sur les berges car le port de Loango n’était pas assez profond pour cela.

Des fouilles archéologiques pour exhumer un entrepôt sur le site 

Fréderic PAMBOU, dans son évocation annonce qu’il existait un entrepôt quelque part sur le site. Il a ainsi proposé que des fouilles archéologiques y soient menées car elles pourront être révélatrices de certaines informations. Une proposition qui a épousé l’assentiment d’Arlette SOUDAN NONAULT : «  …l’histoire tourne autours généralement de ce qui est visible comme cet obélisque, comme ces arbres, mais aussi comme ces fouilles qui devront être faites… cela va s’imposer à nous ».

Un appel à la prise de conscience

La ministre du tourisme, dans une voix alourdie par l’émotion ne s’est pas empêché de lancer une interpellation : « …Aujourd’hui nous avons cette liberté de dire ces choses pour que les jeunes générations ne portent pas ces chaines qui étaient visibles , aujourd’hui invisibles, il faut comprendre d’abord qui nous sommes, qu’est ce que nos ancêtres ont vécu dans leur chair , pour ne pas que cette histoire se reproduise avec une forme de nouvelle économie qui repose sur une démarche un peu similaire ». Aussi a -t-elle saisi cette occasion pour remercier la société Total pour sa sollicitude. Total qui va du reste contribuer à la réalisation d’un bout de douze kilomètres de la longue piste des caravanes, au départ du nouveau musée jusqu’à la stèle. Par ailleurs, La ministre a annoncé le projet consistant a construire une meilleur voie d’accès au site. Il faut dire en fait que c’est tout un plan d’aménagement du site qui est en cours de mise en œuvre.

Il convient de noter que la stèle authentique fut construite en ces lieux en 1897 et le chiffre de deux millions d’esclaves déportés par Loango est évoqué. Un chiffre minoré, selon Fréderic PAMBOU.

Photo 1  : La nouvelle stèle

Photo 2 : L’ancienne stèle en lambeaux

Photo 3 :La ministre du tourisme et le Préfet du Kouilou suivant les explications

Photo 4 : Les trois manguiers de triste mémoire

Crédit photos : Service communication Ministère du Tourisme et de l’Environnement

Audio:  Explications de  Fréderic PAMBOU. et interview de la ministre Arlette SOUDAN NONAULT

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