CONGO-BZV : LE REGULATEUR DES MEDIAS RAPPELLE A L’ORDRE LE MINISTRE DE LA COMMUNICATION AUX LEÇONS INOPPORTUNES - Groupe Congo Medias | Actualité du Congo Brazzaville | Sites d’informations du Congo Brazzaville
Société

CONGO-BZV : LE REGULATEUR DES MEDIAS RAPPELLE A L’ORDRE LE MINISTRE DE LA COMMUNICATION AUX LEÇONS INOPPORTUNES

Pas de langue de bois  ni de gants pour Philippe MVOUO, le  président du Conseil Supérieur de la Liberté de Communi


cation (CSLC) qui s’exprimait le jeudi 4 juin 2020 à Brazzaville en réponse à ce qu’il a appelé les leçons faites à cette institution constitutionnelle par Thierry Lezin MOUNGALLA, ministre de la communication et des médias lors des soixante ans de  Radio Congo ,  le 25 mai2019 . «  Le régulateur des médias a pour sa part l’obligation constitutionnelle d’exercer son office avec impartialité, tempérance et  l’objectivité », s’exprimait le ministre repris  par le président du CSLC qui a vu en cela «  le fond de la leçon qui nous est  donnée en termes de remarques. En claire c’est un reproche qui est fait au régulateur ». Et cette conclusion avec des mots forts : « Dorénavant, gardez vous monsieur le ministre de donner des leçons  au Conseil Supérieur de la Liberté de Communication et au-delà à toute autre institution constitutionnelle ». Une mise au point  nécessaire pour l’affirmation de la personnalité constitutionnelle de « notre institution,  pour que celle-ci soit respectée et avec elle nous tous qui sommes commis à son fonctionnement », a martelé Philippe MVOUO.

D’emblée, le président du CSLC a indiqué que  l’impartialité, la tempérance et  l’objectivité  auxquelles le ministre de la communication et des médias appelle le régulateur sont des  valeurs  sur lesquelles repose son action : « Monsieur le ministre, sur le plan de l’impartialité, de la tempérance et  de l’objectivité vous avez raté votre leçon. Le régulateur réunit en lui ces valeurs et qualités que vous lui conseillez, mais hélas qu’il a du mal à lire en vous ! Il faut prêcher par l’exemple pour être un bon maitre et donner aisément des leçons ».

Parlant de l’objectivité, Philippe MVOUO a dit que celle-ci « induit aussi l’impartialité, donc tout se réduit à l’impartialité. Je me demande si le Conseil n’est pas dans cet élément, ne tient pas compte de ces valeurs ! Mais tout ceci résumé peut nous emmener à une valeur qui peut paraitre cardinale, une valeur humaine, c’est celle de l’humilité. Si vous n’êtes pas un homme humble vous ne pouvez pas être impartial.  Si vous n’êtes pas un homme humble, vous ne pouvez pas être un homme tempérant. L’objectivité en soit vous échappe. Et l’humilité c’est ce qui  pousse  l’homme à l’abaissement ».

Par ailleurs, le Président du CSLC  a rappelé au ministre que « la  tempérance vous l’avez toujours vécue et vous en jouissez davantage, toute les fois qu’il vous en donne l’occasion. Tenez, chaque fois que le régulateur a organisé des activités majeures, il vous a toujours invité à y participer. Quand vous arrivez, humblement, très humblement, il s’efface  et vous laisse le devant de la scène, mieux, il vous laisse le haut de la scène ».

Le gouvernement ne répond pas aux attentes des professionnels de l’information et de la communication et du peuple

Philippe MVOUO a évoqué une autre  séquence de la leçon du ministre de la communication  au Conseil. Il l’a cité : « Le gouvernement est le seul organe habileté qui a le devoir d’administrer le secteur des médias avec justesse », fin ce citation. La réaction à cela de la part du Président du CSLC : « Oui monsieur le ministre, le Régulateur ne le sait que trop bien. C’est pourquoi il vous associe à ses grandes activités. Par ce rappel, vous commettez le péché de la palissade. En clair,  vous tombez sous la réalité de la palisse. Cela valait –il la peine de le faire ? De le dire ?

Pour le régulateur «  le gouvernement ne répond pas aux attentes des professionnels de l’information et de la communication et du peuple qui  se posent les questions suivantes : première question, qu’est devenue l’Agence Congolaise d’Informations, le quotidien des quotidiens, la source principale des informations de tous les médias ? Pourquoi depuis quelques années, la Nouvelle République organe de publication du gouvernement a disparu des kiosques  de journaux ?  Les travailleurs, pourtant des fonctionnaires, sont mis au chômage forcé, payés par l’Etat à ne rien faire. En tous cas, l’état de Télé Congo et Radio Congo est loin d’être reluisant et réjouissant. Que faites vous pour aider le gouvernement à  corriger ces insuffisances gravissimes et indignes, dont vous êtes la cause principale en raison de votre mauvais management ».

Droit au respect en tant qu’institution institutionnelle

Dans sa déclaration, le Président Philippe MVOUO a martelé sur le fait que le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication est une institution constitutionnelle au même titre que plusieurs autres qu’il ne s’est pas empêché d’énumérer. Le Sénat, l’Assemblée Nationale, la Cour Suprême, la Cour Constitutionnelle, la Cour des Comptes et de Discipline budgétaire, le Conseil économique, social et environnemental, la Commission nationale des Droits de l’Homme, la Médiature, les Conseils Consultatifs : « Nous constituons ensemble son  appareil respiratoire. Oui parce que c’est par nous que la Constitution respire. Nous méritons donc respect et haute considération. Alors dorénavant, gardez vous monsieur le ministre de donner des leçons  au Conseil Supérieur de la Liberté de Communication et au-delà à tout autre institution constitutionnelle. Les pouvoirs et les rôles des uns et des autres sont bien partagés et définis. Aucune confusion n’est acceptable, aucune confusion n’est tolérable. A chacun de jouer sa partition dans le concert des institutions sans fausse note ».

Un « embargo ridicule »  sur l’accès aux médias publics. Sanction pour le reglement   du Conseil  concernant l’affaire OTOUNA ?

« Embargo ridicule », les mots sont de Philippe MVOUO, lorsqu’il parle du fait que les reportages sur les activités du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication sont interdits de diffusion sur les médias d’Etat. Le président du CSLC est très remonté : «  Monsieur le ministre de la communication et des médias, pouvez vous à l’exceptionnel nous dire pourquoi vous avez instruit vos directeurs généraux des médias publics d’interdire la diffusion des éléments de reportage des activités du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication ? Ne  serait-ce pas punir le Conseil du traitement impartial qu’il a réservé à l’affaire OTOUNA (NDLR : OTOUNA est journaliste à Télé Congo retiré de la présentation du journal puis réhabilité dans ses droit par le CSLC) mais que vous jugez partial et sans objectivité ? Le Conseil Supérieur de la Liberté de Communication est une institution constitutionnelle, vous ne pouvez lui interdire l’accès aux médias publics pour lesquels il œuvre. Le peuple a besoin de savoir  ce qu’il fait de sa mission constitutionnelle. Très humblement, je vous prie  de lever cet embargo ridicule ».

Dénonciation d’un faible dynamisme du ministre sur les dossiers en rapport avec le domaine des médias

Du 25 au 28 novembre 2018, Brazzaville a accueilli les Assises de la presse congolaise qui ont abouti sur plusieurs  résolutions et recommandations, ainsi qu’ à  « une grande et profonde reforme que le gouvernement devrait capitaliser, ne serait ce que pour davantage nourrir sa politique en matière  de communication et des médias s’il en a une ». Pour Philippe MVOUO, la mise en application de la moisson de ces assises n’est pas toujours effective, et il sait pourquoi : « … le monde des médias et le peuple attendent toujours les effets concrets réformateurs de l’environnement médiatique du Congo. Vous êtes l’impulseur principal. Si le gouvernement ne fait encore rien, vous en êtes la cause. Le régulateur ne rate jamais un seul  compte rendu  des Conseil des ministres que vous lisez excellemment d’ailleurs, mais jamais, et c’est curieux, si ce n’est étonnant, qu’il n’a jamais constaté l’examen d’un seul dossier du domaine des médias introduit par vous , et examiné en conseil des ministres, et ce depuis près de cinq ans » .

Notons que dans la chute de sa fumante déclaration, le Président du CSLC   a indiqué que  les médias congolais attendent  beaucoup du ministère de la communication et des médias : « Le monde des médias congolais vous regarde, s’interroge et se plaint. Vous avez là un très grand défi à relever. Contentez vous de ça  et de grâce arrêtez de distraire  le régulateur qui a les siens défis à relever, lesquels appellent son attention son expertise, sa responsabilité car ce qui le préoccupe c’est de réussir sa mission. En tous cas, il n’a que faire à vos leçons de morale».

Photo 1 : Le Président du Conseil Supérieur de la Liberté de Communication livrant son message (Crédit Groupe Congo Médias)

Audio : Large extrait de l’adresse de Philippe MVOUO

Propos recueillis par Jean Eudes GANGA MICKEMBY

 

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le plus populaire

To Top