BRICE MOCKOSSI RAHIM NOUS RACONTE LES COULISSES DE L’HISTORIQUE CONGO-AFRIQUE DU SUD DU 6 AVRIL 1997

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 « …dans les vestiaires il y avait eu des échanges de paroles entre le Ministre Okemba et l’entraineur  David Memy. Pour le Ministre il fallait que Younga commence le match. Mais l’entraineur avait dit non»

Brice Rahim Mockossi est titulaire sur le côté gauche de la défense des Diables rouges qui affrontent le dimanche 6 avril 1997 au Stade Mvoulaléa de Pointe noire (aujourd’hui municipal) l’Afrique du sud. Jouer contre des footballeurs considérés comme des modèles, champions d’Afrique en titre fut avant tout un honneur.  Il fallait battre ses idoles à l’honneur de la nation qui est plus fort par dessus tout. Pression du public, celle créée par la présence du Président de la République, le Professeur Pascal LISSOUBA  dans le stade, devant qui il joue pour la première fois, bref, il fallait se surpasser. Rahim est le plus jeune sur le terrain. Dur, dur donc pour lui. En cette matinée il me reçoit dans sa maison avec beaucoup de chaleur. Des années   plus tard, Rahim se souvient de tout comme si c’était hier. Un temps pour regarder les photos, bavarder un peu. Puis nous voici dans l’interview. Coulisses des vestiaires, le match, les à côtés. 

Groupe Congo Médias : Vous aviez joué le match Congo –Afrique du sud de 1997. Dix sept ans plus tard vous pouvez nous faire ce plaisir de nous plonger dans les coulisses de cet historique confrontation ? 

Brice Rahim Mockossi : Personnellement c’est le match qui a fait que le monde entier  découvre les plus petits des joueurs que nous étions à l’époque. Je pourrais  même dire que c’était le début d’une bonne carrière. C’est ce match qui est venu nous mettre au devant de la scène.

G.C.M : C’était un déclic ? 

B.R.M : S’il y a un mot plus fort que le déclic c’est celui là qui mérite d’être employé.

G.C.M : Alors dites nous très clairement avant de joueur contre l’Afrique du sud championne d’Afrique en titre il  n’y avait-il pas une certaine peur ? 

B.R.M : En tous cas il y avait la peur  parce que l’Afrique du sud était venue avec un arsenal de grands joueurs. Tous les grands étaient  là. Malgré cela, le Congo était le premier pays à battre l’Afrique du sud après le Brésil. Vous comprenez donc l’importance de ce match.

Quand les sud africains sont arrivés à Pointe noire ils n’ont pas voulu utiliser tout ce que nous utilisions. Ils ne buvaient de notre eau, ne mangeaient de notre nourriture. C’était de l’orgueil. Quant vous voyez des joueurs comme Mkalélé, Tovey, Marc Fish, Docteur Kumalo, Phil Massinga, Lucas Radébé, c’était des joueurs d’un certain calibre ! En plus, ils confondaient même notre Congo à la RD  Congo qu’ils avaient rencontré lors de la première journée.

G.C.M : Avant le match vous êtes dans les vestiaires. Alors dis-mois qu’est ce qui s’était passé là-bas ? 

B.R.M : Il y avait en nous le comportement du fanatique parce que nous jouions contre nos idoles. Il fallait qu’il y ait un entraineur.

Paix à l’âme de David Memy à qui je rends un grand hommage à travers votre journal en regrettant que l’Etat n’arrive pas à le faire. Cet entraineur  était pour nous plus qu’un père. Déjà à l’échauffement il était là. Il a lu en nous ce petit comportement de complexe, je dois vous l’avouer. On s’échauffant on regardait Docteur Kumalo et les autres en se disant est ce que nous pourrons vraiment ? Ne serons nous pas humiliés ? David Memy  nous disait les enfants vous êtes encore des enfants mais vous êtes des Diables. 

G.C.M :  Et… ça se  jouait en présence du Président de la République ! 

B.R.M : Quant nous quittons l’hôtel  le Chef de l’Etat n’est pas dans nos têtes ! Jusqu’à ce que nous arrivons au stade d’ailleurs. Il nous avait plutôt crée une surprise puisque le  programme protocolaire ne prévoyait pas sa présence  dans le stade. Quand nous terminons l’échauffement  nous repartons dans les vestiaires en attendent que le commissaire du match ordonne la sortie des équipes le protocole dit qu’il faut retarder la sortie de trente minutes parce que le Président de la République  va arriver. Vous vous imaginez alors un Mockossi à l’époque âgé d’une vingtaine d’années ! A ce moment là , la pression monte.

G.C.M : Vous jouez contre la plus grande sélection africaine, c’est déjà de la pression et le Président vient ajouter la sienne ! 

B.R.M : Mais voilà ! et nous nous sommes remémoré l’anecdote qui dit qu’à l’époque du Zaïre il y avait eu un fiasco et les joueurs étaient envoyés en prison et on se demandait n’est ce pas cela qui va nous arriver  si nous ne sommes pas à la hauteur?  Qu’à cela ne tienne on va y aller, disions-nous. Beaucoup de questions nous traversaient la tête. Comment allons-nous nous comporter en jouant devant le Président car c’était la première fois pour mois de jouer devant le Président. Il fallait donc s’inspirer des expérimentés comme les Sylvain Mounkassa, Ibara Fils, Samba Brice qui avaient une longueur d’avance sur nous. On leur demandait des conseils. On se rapprochait de l’entraineur qui était déjà outillé dans ce genre de situation.

Et je tiens à dire que dans les vestiaires il y a eu la présence de Ndomba Géomètre à qui je  tiens à rendre un hommage. Il nous avait dit, les enfants un match c’est un entrainement. Si déjà vous avez convaincus votre entraineur pendant les entrainements  le match  se passera comme sur des roulettes. Et c’est un conseil que j’ai toujours donné aux jeunes joueurs en leur disant de  ne  pas regardez pas le monde mais de regardez plutôt l’espace vert sur lequel on joue et considérer que se sont des entrainements. Depuis ce jour j’ai pris ce message comme une force.

Voila comment les choses s’étaient passées.

G.C.M : Dites – moi comment vous  aviez  trouvé le public ? 

B.R.M : A Pointe noire si on t’accepte comme un grand joueur c’est que tu as mérité. Pointe noire pour nous a servi de thermomètre. C’est une ville qui aime son pays. Je le dis en toute honnêteté et à cœur ouvert.  Tout le monde était debout comme un seul homme et on sentait cette confiance et une espèce de communion entre nous et le public. Je vais vous raconter une anecdote. Le samedi cinq avril qui avait précédé le dimanche six du match, pendant nos dernières séances d’entrainement il menait de pleuvoir et  le coach Memy voulait arrêter les entrainements. Le public avait dit, vous devez vous entrainer parce qu’il va pleuvoir et c’est la bénédiction. Et on avait poursuivis les entrainements. Le médecin est venu dire au coach que les joueurs courraient les risques de coup de froid et des fièvres. Mais les supporters ont dit , nous sommes chez nous. Si ce ne sont pas des Congolais tricheurs, si ce sont de vrais congolais rien ne va se passer. Et je me souviens que ce jour là nous avions fait une séance  d’entrainements de quarante minutes sous la pluie.

G.C.M : Allons au match maintenant Rahim. A quel moment le déclic est arrivé chez toi personnellement ? A quel moment tu as cru que tu pouvais faire ce match et qu’est ce qui te l’a fait croire ?

B.R.M : Quant le match commence il y a trois tentatives de Marc Fish et une tentative d’Augustine. Le poteau droit de notre gardien est percuté. Quant ce vent là est passé Bongo Chris et Akiana ont tenté de répondre. Ça s’est stabilisé par la suite et nous avons repris confiance en nous.

Moi, j’avais sur le terrain un coéquipier qui, tout en jouant  me surveillait.  C’est Ibara Fils. Pour moi en tout cas c’est lui qui a pesé de tout son poids pour que je puisse me hisser au niveau de joueur international. Il se demandait en fait si je pouvais tenir vu mon manque d’expérience. Mais au fur et à mesure que les minutes passaient je m’affirmais.  Quand il a trouvé que j’étais maintenant à la hauteur il m’a dit en Lingala (NDLR : Langue nationale du Congo), il est temps pour toi de sortir ton grand jeu habituel. 

C’est là que je m’étais déchainé. Je pouvais ainsi faire mes montées  et je ressentais en mois une certaine confiance. Cette confiance s’est solidifiée quand j’ai ravis à trois reprises le ballon au  Docteur Kumalo 

G.C.M : Parlons à présent de Marc Younga Mouhani, l’auteur des deux buts congolais de la victoire ! 

B.R.M : Quarante huit heures avant il a un match de championnat avec son club (NDLR : le Burussia Manchenglaba’ch d’Allemagne). Après le match il parcourt deux cents kilomètres pour aller prendre l’avion. Il restait en communication avec l’entraineur Alain Ngouinda  qui était son parrain. En fait il ne voulait pas venir. C’est le coach Alain, paix à son âme qui l’avait supplié en disant, je vois l’effectif  mais je n’y vois pas de buteur. Le coach Ngouinda à dit à Younga, Marc si tu es mon fils viens jouer. A Younga de répondre, comme c’est toi qui le dit je viens jouer même pour cinq minutes. Je me souviens que  pendant le briefing Marc dormait dans un coin, fatigué par le voyage. Tenez, les coulisses des vestiaires, puisque vous en voulez  vraiment.

« il y avait eu des échanges de paroles entre le Ministre Okemba et l’entraineur  David Memy. Pour le Ministre il fallait que Younga commence le match. Mais les entraineurs ont dit non parce qu’il était fatigué par les nombreux vols. Et je vous dis que ce jour là le Ministre Okemba avait dit au coach , si ça tourne au vinaigre tu vas voir ce que je vais te faire. Le coach Memy a dit au Ministre qu’il démissionnerait  en cas de débâcle. Je dois dire que Memy est l’un des entraineurs qui a posé les bases de notre football dans les années fin 1980 et 1990 »

Quand il nous entrainait, toutes les décisions qu’il prenait étaient des décisions fondées et il avait finalement toujours raison parce qu’il savait ce qu’il faisait et à quel moment le faire. Il avait dit à Younga de ne pas regarder le déroulement du match. Qu’il devait plutôt voir le comportement de l’axe défensif de l’Afrique du sud (NDLR : cet axe était composé de Marc Fish et Tovey).

A la mi-temps dans les vestiaires, Younga a dit : Marc Fish est vif mais comme il a tendance à monter si je peux avoir des ballons devant Tovey quelque chose peut arriver. Younga est entré quinze minutes après le début de la deuxième période. 

Propos recueillis par Jean Eudes GANGA MICKEMBY 

Photo 1 : Brice Mockossi Rahim à l’échauffement avant le coup d’envoi du match

Photo 2 : Les joueurs des Diables rouges reçus par le Président de la République Pascal LISSOUBA après  leur victoire ( Mockossi accroupi à gauche)

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